Qu'est ce que la contemplation ?




Le terme de contemplation se confond souvent aujourd’hui avec la posture de l’observateur séparé de ce qu’il contemple . Mais est-ce possible ? si l’on considère que rien ne peut exister sans « êtreavec » , si l’on s’accorde pour considérer que de la biologie au cosmos tout est interactif alors la contemplation elle- même ne peut qu’être rencontre , mouvement, relation.

De cette contextualisation rapide de la contemplation émerge une question plus fondamentale : Qui contemple ? la contemplation ne peut être à mon sens détachée de la notion d’identité qui se rattache elle-même à celle d’être humain. Je vais donc tenter de goûter à la chair de ma réalité d’humaine pour ressentir de manière plus vivante le saveur de la contemplation.


Alors allons-y ! même pas peur ! qu’est qu’un être humain , ah ah ??!

Cette question me fait l’effet d’un koan , ces cas du zen qui cherchent à ouvrir le champs de l’expérience plutôt que celui de la connaissance et c’est dans l’inconfort de ce que je perçois presque comme une arrogance que je veux m’abandonner au processus de la contemplation pour répondre à cette question. Je veux essayer de rentrer dans le paysage que je m’offre , de tirer le fil sans préméditer de sa fin , pour voir , juste pour voir dans l’intuition que je risque de me liquéfier dans le reflet mouvant de ce qui se regarde ….


Mais c’est avant tout un grand , je ne sais pas !!!

je ne sais pas ce que c’est que d’être humaine, je ne sais pas ce que ça veut dire que de vivre même ! et avec ce cri comme une grande bourrasque de vent qui m’emporte et m’emmène vers un autre espace. Celui de l’enfant allongé dévalant sur la pente d’une montagne, celui de deux chiens jouant dans une fontaine, celui des pétales de fleurs dansant dans le vent.

Je ne sais pas ce que c’est un être humain , mais je reconnais la vie quand je la vois et je sais ce que c’est que de vibrer . J’en reconnais le son , l’onde , la danse , le mouvement .


Rentrer dans la chair, sortir des définitions, m’extraire de ce que je crois savoir, m’enfuir d’une cartographie imprimée ( dans le sens reproduite ) pour réécrire à chaque pas ce que c’est que d’être humain . Éclater les frontières entre un humain et une chaise, exploser la prison du temps linéaire dont je suis la complice , oser , juste oser.

Faire un pas du côté , se perdre, s'oublier et laisser le monde me définir.


Non je ne sais pas ce que c’est qu’un être humain mais je sais quand je ne le suis qu’à moitié , je sais que je m’ampute quand je reproduis l’idée que j’ai de moi , quand je crois ne pas pouvoir supporter toute la souffrance du monde , quand la peur de la mort des autres me distrait , oui, je sais que je suis à côté de moi quand je me pose trop de questions ou quand je me fige dans mes réponses.

Répondre clairement à cette question finalement serait en quelque sorte la preuve de mon inhumanité car tout ce que je sais c’est que je suis (S) bien plus grande et à la fois bien plus petite que la définition que je pourrais avoir de ce que je suis .

Je sais aussi que je ne peux être , que dans « l’êtravec » car être l’ humain existe quand il entre en relation, quand il est en contact , un être humain n’existe pas seul , cela ne se peut . Il est fait de la tasse avec laquelle il mange comme de l’étoile du matin tout autant que de l’agressivité ambiante ou de la bienveillance. Il est fait et existe par les sourires croisés , les objets qu’il utilise , sur lesquels il écrit et de ce qu’il mange. Aucune définition possible, aucun idéal , aucun territoire ne lui est propre et pourtant il existe.

Un être humain est un paysage, une ouverture dans laquelle s’opère une transformation perpétuelle issue des millions de contacts , un magma d’intersections en mouvement influé par et influant sur et qui n’existe tel qu’il se croit être que dans le cadre d’une photo , jamais dans la réalité dynamique.

Aucune fixation possible. Aucune réalité sur laquelle se reposer. Juste l’ expérience.


La contemplation ne peut être séparée de l’expérience humaine. qui réalise sa vie dans l’acte même de contempler et de se laisser contempler . C’est faire exister ce qui se contemple dans le regard de ce qui est contemplé et devenir soi même la roue dynamique du vivant .


C’est ce mouvement expérientiel que nous retrouvons dans la tradition zen exprimée dans son étymologie Dyana , Dya : contemplation silencieuse, présence poreuse, absorption et na : le mouvement devenu zen en japonais , la contemplation dynamique qui se vit la pratique de zazen , l'assise de la contemplation dynamique. Celle qui en s'ouvrant à tout ce qui advient fait advenir .


Dans le reflet de l’œil

Espace infini de ce qui se regarde et se laisse voir

Nous explosons , nous existons

Éternellement

11 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout