Le koan du Corona : le cercle qui se plie a-t-il une fin ?



(En filigramme , le pli Deleuzien )


#1 de l’identité

L’exploration de la question identitaire commence avec la nourriture . Qui suis-je à l’intérieur d’un ventre nourrit par l’autre, qui est ce moi ?

La question se prolonge dans le contour de nos individualités par l’ingestion quotidienne et par le rendu digéré, qui suis-je pour « vivre de »* ce qui est extérieur à moi et qui sont les autres fait de ce que je leur redonne ?

En continuité, le mystère du goût se porte en miroir de cette interrogation : qui suis-je quand un même met change complètement de goût en fonction de paramètres qui le dépasse tels que le contexte dans lequel je mange, la manière dont je le mange , de mon histoire et de ses non-dits , des gens avec qui je suis etc.

L’identité en tant que mouvement, circularité est aussi ce qui se vit dans la posture de zazen, que je vois comme un poumon, inspirant/ expirant dans un corps membrane qui se dessine par le souffle confondant le dehors / dedans et non plus comme une entité séparée de l’extérieur.

Par cette reconnaissance de la mouvance se construit un espace de « l’autre », de l’extérieur, des arbres, des oiseaux qui s’inscrit en résonnance et nous co-construit en opérant l’écho inclusif de nos réalités :  j’entend l’oiseau mais je suis aussi l’oiseau qui par son chant me fait naitre à ce que je suis.

· Corinne Pelluchon l’exprime très bien dans son livre les Nourritures


#2 Du collectif dans l’individuel

Notre réalité est une fiction. Celle de l’illusion identitaire, de cette séparation des corps qui ne se nourriraient pas ou qui consommeraient la nourriture ( alimentaire, matérielle, affective) sans que cela ne les affectent . Manger. Ingérer le monde, être malade, attraper un virus, c’est toujours une histoire de frontières qui se traversent pour laisser émerger une identité fluctuante. Concevoir l’identité non pas « en soi » mais dans nos interrelations avec le monde (humains, animal, végétal), tout ce qui est à l’extérieur de nos frontières délimitées par le corps physique , c’est vivre dans un autre espace, c’est dessiner d’autres géographies qui influent sur ce que l’on est . Constater le corona dans sa réalité ingérée par le collectif et digérée par les individus d’un point de vue physique mais aussi social, émotionnel, économique c’est réaliser c’est l’interdépendance inclusive, une mécanisme de transformation de notre réalité personnelle et collective instantanée car intriquée.


#3 De la construction de l’avidité *

L’exploration de nos compulsions, du manque , de l’abandon nous renvoient à l’incomplétude. Dans notre société elle s’est clairement cristallisée autour de 3 axes : la nourriture, l’argent et le sexe. Le socle de cette trinité est la fiction de la séparation d’une réalité identitaire indépendante. Dessiner une autre géographie du soi intriquée à l’autre ( la communauté du vivant en général) c’est voir l’incomplétude et c’est vivre au sens réel, celle d’une constante absorption du monde.

Dans ce confinement, ce ralentissement on peut explorer la choix de ses frontières et surtout contempler la manière dont elles nous traversent . On peut réaliser combien un rayon de soleil, une fourmi si on l’autorise à prendre place dans notre vie nous ouvre à l’espace d’une identité profonde.


#4 De la distance physique

Se construire dans la distance c’est peut-être aussi ouvrir l’espace nécessaire au noos platonnien , cette cause motrice. A l’élan vital bergsonien qui s’il existe entre tous ne peut se mouvoir que libéré de chacun . Vivré séparé mais relié par cet espace crée dans la distance physique, dans l’absence des distances parcourues au quotidien c’est se mettre dans l’accueil du nouveau et c’est en cela aussi que ce virus est un évènement intérieur dont nous ne mesurons pas encore l’impact.

le seitai ( pratique japonaise du corps accordé ) parle de « l’involontaire ». Cette homéostasie du vivant qui ne peut intervenir que dans une détente. je crois que c’est toujours de géographie dont on parle ici ou plutôt de paysagismes, et la question pourrait être : comment dessine t’on nos paysages, comment délimitons nous et quoi ? et quels nouveaux outils selon quels paramètre voulons nous désormais utiliser ?

Se construire en mettant le lien comme postulat d’une identité émancipée configurerait certainement d’autres sociétés.

* les koans sont des affirmations paradoxales à méditer afin de déclencher des réalisations profondes hors du cadre de la rationalité.

* que la 3ème contemplation aborde clairement dans la pratique zen de la nourriture (lien partage vidéo Awami)

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