La pratique du Tenzo aujourd'hui , dans le contexte de la transition - conférence au Dojo de Par

Mis à jour : juin 10


La pratique du tenzo aujourd’hui

De l’exploitation à la régénération ,

Commençons par quelques exercices de mouvements et respirations ensemble et quelques minutes de silence en zazen.

1/ Mon histoire

Alors pour amener notre sujet j’aimerais tout d’abord vous partager ce qui m’a amenée sur la voie du tenzo qui commence par la rencontre de zazen et la foi que je lui porte.

Et avant de parler des temples j’aimerais vous raconter dans quelles circonstances je me suis assise, c’était en France il y a 30 ans environ.

J’étais dans une période confuse, sans travail et dépassée par la liste de tout ce que je devais faire , paralysée. Chaque journée se répétait et rien n‘avançait.

Je me suis rappelée de ce que m’avait dit ma mère, prof de yoga , qui avait croisé l’enthousiasme et le sourire de Deshimaru lors d’un stage à la Gendronnière et je ne sais pas pourquoi je décidai d’aller faire une séance . C’était à l’époque rue Keller dans le 11ème. Je fis la séance, on me montra la posture qui m’était naturelle grâce à ma mère, je m’assis le temps de la séance qui me parut incroyablement rapide et puis je repartis comme j’étais venue. On me proposa de prendre un café, j’ai dit non car je n’avais strictement rien trouvé d’intéressant à partager après ce moment, pire je n’y avais trouvé qu’une profonde inutilité et je trouvai bien stupides , voir bourgeois ces gens qui passaient leur temps à s’assoir.

Pourtant quand je sortis le ciel était bleu, je pris une grande respiration, et le sourire aux lèvres je marchai dans la ville en sentant mes pieds , j’avais retrouvé un corps et la joie. J’avais le sentiment pour la première fois depuis longtemps d’être à ma place, là , simplement en marchant. Je rentrai chez moi et sans m’en rendre compte je fis la première tâche inscrite sur ma liste qui s’était mystérieusement décalée de la verticale à l horizontale. Un miracle s’était produit : la peur s’était enfuie, et je faisais ce qu’il y avait devant moi sans plus avoir à définir la hiérarchie des priorités, elles s’organisaient toutes seules et je n’avais qu’à suivre.

Pourtant il me fallut plusieurs années avant de retrouver l’envie de m’assoir tant cette logique ne pouvait s’intégrer dans la stratégie de ma vie. En effet comment appliquer une pratique alliant l’inutile à la mise en mouvement de sa vie ?

C’est au japon 7 ans plus tard que je me retrouvai dans la même situation de paralysie et que me remémorant cet épisode je m’assis à nouveau. Etonnement et je ne me l’explique pas à ce jour j’avais amené de France un zafou , (peut-être de ma mère) et je commençai.

S’en est suivi quelques mois de torture mentale car ayant décidé de m’assoir chaque jour 20 mn je me jugeais sévèrement à chaque fois que je n’y arrivais pas ce qui était souvent le cas ou quand paralysée par l’obligation je n’arrivais même pas à me lever pour le faire. J’étais donc dans une situation paradoxale puisque de vouloir m’assoir nourrissait une culpabilité qui me faisait procrastiner et c’était pire que de ne rien faire du tout .

En revanche quand j’y arrivai et sans que j’y vois le lien de cause à effet je retrouvais ma vie, à faire une chose après l’autre dans la fluidité d’une énergie déployée et je me couchais joyeuse. J’ai encore mis du temps à faire le lien de cause à effet et régulièrement j’avais des journées d’abattement systématiquement crées par le jugement que je me portai et la culpabilisation de ne pas faire ce qu’l fallait. Ces journées étaient celles où je ne m’étais pas assise.

Quand j’eu finalement compris le rapport direct bien qu’inexpliqué je décidai de ne plus m’accrocher à ces 20 mn mais en revanche de le faire chaque matin même 5 mn. Et un jour sans que je m’en sois rendu compte j’avais fait 20 mn.

Ayant compris que pour moi zazen serait comme de me laver les dents, une obligation non négociable, je m’installai dans cette pratique quotidienne jusqu’au jour où je réalisai que j’étais au Japon et tant qu’à faire autant aller dans un temple . et c’est ainsi que par d’heureuses circonstances je me retrouvai à Soji-ji pour les zazen kai du dimanche. Je ne réalisais pas vraiment que j’étais dans un temple, ni même dans le bouddhisme , mais je revenais chaque semaine attirée par la vie et la joie, les corps de ces moines marchant tels des danseurs dans la beauté des robes qui flottaient dans les longs couloirs de Soji –ji.

J’y retournai pour le rythme de ces après midi rodés comme du papier à musique, zazen, samu ménage et Teyshou ou thé avec questions .

Très rapidement , encouragée par « ma « communauté de papies et mamie » (car seules les personnes âgées s’intéressent au zen au Japon) , je me lançais et m’engageai à faire ma première retraite , je ne connaissais rien et j‘avais peur . C’est lors de la seconde que la shôjin ryôri m’attrapa.

Le goût du riz changea et il prit celui de l’odeur du cake de ma mère sortant du four , au préalable je ne savais plus si durant le rituel de gratitude , qui regardait qui ? moi ou le riz. Cette étrange perception trouva sa continuité dans un monde qui se transforma en une nuit , tout était devenu beau à en pleurer de gratitude . De la couleur des arbres jusqu’aux visages des moines je voulais tous les embrasser mais je me contentai d’un arbre.

C’est de ce mystère du goût qui changea que je décidai de partir en voyage en affirmant ma pratique de l’assise mais également en observant la pratique des tenzo , fascinée par leur enthousiasme et l’effet de cette nourriture sur mon cœur.

J’ai pratiqué principalement auprès de Koganeyama roshi mais également dans les temples du Sanko in,et du Bukkoku-ji et également auprès de laïques telle que Mari Fuji ou tanahashi san et jai beaucoup goûter les 3 cuisines, rinzai, soto et obaku dans les restaurants des temples.

J’ai donc commencé mon parcours avec Noda godo roshi , abbé de soji-ji qui depuis est retourné dans son temple du Shikoku (en tant que moine agriculteur) et surtout Issho Fujita qui m’offrit la pratique d’une assise libérée de la construction posturale et qui nourrit désormais la mienne , celle du bol vide du tenzo. Tous deux d’anciens laïques ils transmettent avec fraicheur la joie de zazen.

De retour en France et nourrie de cette pratique qui avait transformé ma vie puisque de promotrice de cinéma j’étais devenue ryori sensei et traiteur ( cuisine française végétalienne avec les ingrédients des temples ) , je fus immédiatement frappée par la déconnection des gens avec leur nourriture, surtout à Paris où je rencontrai beaucoup de gens ne sachant plus se faire à manger et surtout n’y trouvant aucun intérêt. La nourriture était devenue une contingence à régler parmi les activités de leur journée, parfois un plaisir souvent coupable et plus tristement une manière de se distraire de sa vie plus ou moins excessivement.

Et c’est là, dans ce contexte laïque que j’ai senti la force de cette pratique et surtout qu’elle pouvait répondre au malaise ambiant qui sous couvert de problématique alimentaire cachait une profonde déconnexion au monde et une perte de repères, concernant sa place d’humains sur terre , à se nourrir de la vie. Il me fallut quelques années pour digérer la forme japonaise et m’en affranchir en quelque sorte afin de pouvoir la partager dans le contexte qui est le nôtre , en France et de manière séculière.

Voilà pour l’histoire et avant de préciser mon chemin dans l’exploration d’une actualisation de cette pratique dans le contexte actuel de la perte de sens liée à la déconnexion écologique, j’aimerais revenir aux basiques et rien de tel que l’étymologie pour savoir de quoi on parle .

2/ les principes généraux de la pratique du tenzo :

Tout d’abord, les deux mots liés à cette pratique : shôjin ryôri souvent traduite par la cuisine zen et tenzo , traduit par le cuisinier zen .

Shôjin :

C’est à propos puisque nous sommes aujourd’hui le 21 septembre jour de O higan , l’autre rive, à laquelle on arrive en manifestant dans notre vie les 6 qualités intrinsèques à notre nature. L’une d’elle est Vyria : l’énergie vigoureuse , la persévérance joyeuse , l’enthousiasme , et c’est la signification première de shôjin . Mais alors que la langue japonaise à la capacité de préserver la phonétique (katakana).le zen choisit une traduction qui nous renseigne sur l’expression zen de cette paramitta.

Et cette traduction nous permet de rentrer de plein pied dans la pratique du tenzo.

Précision : on ne retrace pas l’apparition du mot shôjin ryôri autrement que via la tradition shingon qui utilise des kanjis différents signifiant le repas de kukai au 9ème siècle et il est probable que ce terme ait été repris ensuite par l’école Soto afin de partager plus directement l’importance équanime de la cuisine et des repas dans le zen.

Mais dans notre école et dans le sens commun aujourd’hui , Shojin se constitue de deux kanjis : shô , un cœur pur et jin , ne pas se retourner, toujours avancer

ET en fait , Shôjin le cœur pur en mouvement ce n’est autre que la pratique de shikan taza , simplement s’assoir, simplement vivre dans la réalité telle qu’elle est , à ne pas se regarder ne pas pré juger de ce qui nous arrive. Cet espace temps où l’on ne s’installe ni dans ce qui est ni ne rejetons ce qui advient et où l’on arrête la construction de nos perceptions pour ouvrir notre être la circulation de la vie. La pureté dont il est question ici touche à cette pratique du non discours sur les choses vécues. La fraicheur de l’inconnu, un accueil pur et simple de ce qui se présente .C’est la possibilité de vivre pleinement ce qui est , de manifester notre existence . A nous assoir nous vivons, nous nous laissons recevoir la vie pleinement. Et nous actualisons notre nature de bouddha .

la pratique du cœur pur c’est en premier lieu zazen, la pratique de la manifestation de notre vie dans la posture d’accueil .

Comme je vous l’ai dit j’ai été très formatée également par Issho Fujita qui base son enseignement sur la posture de zazen comme porte directe de libération et de joie, telle que décrite par Dogen.

Cette posture , quand elle est rencontrée dans l’humilité du corps et du souffle, voit notre être retrouver sa dignité naturelle, il se redresse et ainsi active l’alchimie de notre vie dans l’alignement de la réalité de nos instants.

Au contraire une posture construite, imposée par l’image d’une droiture ne fera que renforcer notre séparation au monde.

Zazen donc, espace du cœur pur généré par une pratique du corps par le souffle et qui de cet espace dépollué , épuré de nos productions mentales nous permet d’avancer sans se retourner , de ce corps qui vit dans la pratique de la situation telle qu’elle est.

Associée à cuisine , ryopri , cela devient , cuisiner le cœur pur dans le mouvement de la vie.

On comprend mieux ainsi combien la réalité de shikan taza est incluse dans la traduction de shojin ryori , et qui me pousse à penser qu’elle a été transformée par cette école (probablement au 18 ème siècle quand Soto opéra sa grande campagne de communication face à Obaku.) et peut se déployer ainsi :

  • Ne pas pré juger des pensées ou des situations que l’on rencontre dans sa cuisine

  • Etre dans la présence active , l’attention sans tension ( but) dans la situation telle qu’elle se présente

  • Laisser émerger l’intuition de l’action juste , dans la joie et l’enthousiasme .

Cela convoque également les 3 esprits des gardiens de la pratique (responsables de temples)

L’esprit du non jugement dai shin , le cœur pur de la shôjin

L’esprit de la bienveillance car de vivre ainsi dans l’être temps ( bouddha) , ce que l’on est en tant qu’être vivant roshin ( robashin), la compassion

L’esprit de la joie ( kishin) , l’enthousiasme actif , le mouvement

La pratique du tenzo c’est donc shikan taza , simplement faire zazen et simplement vivre car c’est parce que l’on devient le bol vide qui reçoit , c’est parce que l’on ne préjuge pas de ce qui tombe, que l’on se laisse cuisiner par les bruits , les sons. ,par ce qui arrive dans notre cuisine , qu’on réalise notre « intraxistence » dans la déconstruction instantanée d’une identité qui se manifeste par la vie même qui nous traverse à chaque instant . dans « l’être temps » sans cesse activé s’il sait mourir à chaque instant.

Voià donc le cœur de la pratique du tenzo qui est le même que zazen, celle de réaliser notre vie

Aparté ; quand j’ai commencé ce voyage du goût mystérieux , j’ai tout d’abord cherché les réponses dans la façon de cuisiner . Etant proche de Nakano, le tanto de Soji-ji , c’est à lui que j’ai posé la question qu’est ce que la shôjin ryôri ? et Il m’a répondu : gyou : la pratique ( étonnement , et il faudrait demander à un lingusite il y a deux lectures dans les kanjis , la seconde lecture de gyou est ikku : aller, donc le mouvement ! )

Il m’avait donc donné la seule véritable réponse à ce qu’était la shôjin ryori et de fait la pratique de tenzo mais j’ai mis je crois 10 ans pour comprendre le sens de ce qu’il voulait dire .

Tenzo :

La seconde étymologie intéressante à observer pour comprendre les bases de la pratique c’est le mot de tenzo.

Ten : ordonner zo : les sièges, le tenzo est donc celui qui ordonne les sièges, qui range , celui qui a la fonction d’harmoniser la pratique en offrant à chaque pratiquant de retrouver sa place.

La communauté permet au tenzo de déployer sa fonction et de vivre sa vie de trouve sa place ( ce que fait un autre n’est pas fait par moi , répond le vieux cuisinier à Dogen quand il lui demanda pourquoi si vieux il continuait à ruisseler de sueur en retournant ses champignons au lieu de demander à un plus jeune ) et grâce au tenzo la communauté s’active durant le samu cuisine, le service , les bols , la vaisselle , et c’est grâce et par la sangha que tous peuvent s’activer dans l’espace temps du tenzo, que tous trouve leur place dans et grâce à la communauté.

Il le fait en nourrissant les oryoki ( pratique gyouhatsu)et le goût de la concentration ( la fadeur) dans la pratique de la situation.

Il est l’activateur des éléments et participe à la roue du dharma, grâce à la trinité, tenzo/ oryoki/ nourriture, mouvement circulaire et interdépendant . La nourriture nourrit le tenzo / le tenzo nourrit la communauté / la communauté nourrit la terre

Et si l’on peut replacer ce cercle dans la grande trinité des 3 joyaux cela donne :

Tenzo/ buddha

Pratiquants / sangha

Nourriture / dharma

Et dans cette circularité on comprend mieux la phrase de Dogen issu du Fukushuhampo , « la pratique des bols , la nourriture c’est le dharma , le dharma c’est la nourriture » .

Mais cette circularité bouge et le tenzo devient la nourriture des oryoki que nourrit la sangha du vivant …

3 / la shôjin ryori dans le quotdien du tenzo :

La pratique de la situation :

Lors de mon dernier voyage au japon en avril dernier j’ai pu déjeuner avec le tenzo de soji ji , qui résume sa pratique dans le shikan taza d la pratique de la situation, avant tout .

C’est aussi l’engagement de s’effacer devant ce que la nature nous offre et de faire des menus qui reflètent la vie et manger dans la continuité de la réalité de la saison .

Il le fait grâce à la variété de saveurs, couleurs, textures et par une répartition permettant l’alrternance.

Les 6 saveurs :

De la base générale de la pratique de la situation , s’est construit au fil des siècles un cadre

Culinaire ayant pour vocation de nourrir la pratique par le goût, les textures , les couleurs selon la cosmogonie taoïste à laquelle ajoute le vide et la 6èmesaveur, la fadeur .

Mais ce gout si mystérieux , se construit en premier lieu par la pratique du tenzo qui de on intuition va rencontrer ce dont les pratiquant ont profondément besoin mais si ce n’est pas toujours ce qu’ils désirent à priori. ( satiété et légèreté ) , 3toku 6 mi

Les 3 qualités : légèreté propreté, c

mais aussi des goûteurs qui sortent de zazen et donc dans une réceptivité créant l’espace au goût subtil d’une cuisine sans ail, oignon ni sans produit animal .

Ceci étant dit , l’effet de cette cuisine fonctionne aussi avec une concentration « naturelle » et dans un restaurant puisque je l’ai expérimenté quand j’ai proposé un menu shôjin au comptoir japonais durant 6 mois, à mon retour du Japon en 2012. Les gens à qui je ne disais rien si ce n’était que c’était une cuisine végétale japonaise revenaient intrigués par cette nourriture qui sans grande quantité les rassasiaient dans la joie. Ils sentaient une différence dans l’énergie de l’après midi et m’interrogeaient régulièrement la dessus.

Je n’ai pas la réponse mais j’imagine que cette satiété rassurante générée par l’équilibre des 5 saveurs et protégés par le manque de saveurs prégnantes incarne zazen par le goût. C’est à dire que tout tombe au centre , et c’est dans l’alternance, dans ce va et va des textures, saveurs et couleurs que l’on se retrouve au centre du goût qui devient l’unique goût de la vie. Ichimizen,

Cette sixième saveur, la fadeur , était déjà mentionné dans le lankavatara sutra aussi il semble que le zen n’est fait que de le remettre au goût du jour .

Alors bien sûr on parle des 5 saveurs, textures couleurs selon les 5 éléments chinois mais en fait c’est plus un pense bète qui nous oblige à composer des menus dans le miroir de la réalité de notre environnement en prenant soin de mette aussi ce qui est là en devenir . On gardera toujours un peu de croquant en hiver même si cette texture correspond plus à l’été. Mais il n’est pas nécessaire de se jeter sur des livres de médecine chinoise pour comprendre comment cuisiner , le cuisinier zen n’est pas diététicien si ce n’est par la culture de son intuition que découvre zazen. C’est Uchiyama roshi qui était très énervé par la science de la nourriture arguant que si l’on prend tout ce que la nature offre dans toute sa variété nous n’aurions pas besoins de compter nos protéines , Masanobu fukuoka parle lui aussi du goût naturel en disant qu’une fois notre corps / esprit aligné notre intuition trouvera ce dont on doit se nourrir.

Les oryoki

Associées aux saveurs, textures , couleurs , il compose ses menus en fonction de la pratique des bols , gyouhattsu

Céréale / plat soupe / crudités

De cette répartition vient l’équilibre diététique végétal mais aussi l’émergence de la beauté qui permet de rentrer dans les 5 contemplations plus facilement.

Et par la contemplation de cette beauté , le cœur s’ouvre à la vulnérabilité de ce monde, si beau et si fragile et permet aux pratiquants de rentrer en compassion.

C’est aussi le vide qui crée la satiété et de ce vide , entre le bols, entre les compositions , l’espace du gout unique peut s’exhausser et la concentration se préserver ( pas d’appétence ou de lourdeur)

La pratique du zen est celle de réaliser notre vie , (d’étudier la voie , Dharma) en manifestant ce que nous sommes profondément ( la nature de Buddha) au service de la communauté ( sangha).

La pratique du tenzo est donc de cultiver l’alignement corps esprit ( intuition) dans la pratique de la situation ( shikantaza) afin d’offrir ce dont la communauté à besoin pour pratiquer ( rester en shikantaza) et ensemble tourner la roue du vivant.

En recevant la nourriture de la terre et en nourrissant la pratique des bols le tenzo offre à tous de nourrir la systémique des 3 joyaux. De ressentir l’activisme , au sens propre , de cette trinité .

Conclusion : la pratique du tenzo aujourd’hui

Même si notre pratique est universelle elle s’inscrit dans la réalité relative de la temporalité.

Aujourd’hui 21 septembre, c’est le jour de l’équinoxe d’automne, ohigan dans le zen mais avant tout le jour célébré de tout temps par l’humanité en reconnaissance des offrandes de la terre, celle des grandes récoltes, le raisin du vin et le blé du pain en Europe, le riz au Japon .

Et en 2020 c’est un jour d’incertitude , tant et si bien que la jeunesse nous appelle à marcher . Et pour cause , en France aussi tout s’accélère et depuis quelques semaines c’est un agriculteur par jour qui se suicide,. Nous savons également aujourd’hui que toute cette jeunesse ne mangera pas la même chose que nous , pas avec la même variété ni dans la même quantité, Et surtout qu’elle ne vivra probablement pas dans un monde en paix.

Alors, si l’on veut se poser la question de la pratique du tenzo aujourd’hui je crois que l’on doit l’inscrire dans cette réalité . réalité de souffrance mais aussi réalité de joie.

Souffrance de voir la beauté du vivant se détruire de jour en jour et cela inclue les humains où des populations se retrouvent assoiffées et affamées à cause d’une agriculture insensée.

Mais aussi réalité de joie car le collectif est en train de réaliser sa nature de bouddha , il est en train de s’apercevoir de l’interdépendance du monde , il comprend que de manger de la viande cela enflamme l’Amazonie, que de prendre des gâteaux à l’huile de palme cela détruit les grands singes, que de mettre des pesticides cela détruit les abeilles, l’eau la terre, que la globalisation c’est plus de transports et donc accélère le changement climatique et que c’est tout notre écosystème qui se détruit. Le collectif est surtout en train de comprendre son identité profonde et que de détruire le monde c’est se détruire lui-même.

Nous sommes donc à l’aube d’une éveil collectif et de plus en plus de personnes ressentent le lien profond qui les unit au vivant .

La shojin ryori peut les aider à nourrir ce lien mais plus que cela, les aider à retrouver leur place d’humains , de nourrisseur de vie.

Partager la pratique du tenzo , l’offrir aux laïques , c’est faire tourner la roue de la vie en dé couvrant la systémique des 3 joyaux et offrir la place de la régénération .

Car si l’humain est capable d’entropie il est aussi capable de centropie, et la pratique du tenzo peut à mon sens nourrir cette espoir actif de régénérescence intrinsèque à notre nature , vis-à-vis de nous-mêmes , de la terre et de la communauté .

Et c’est ainsi que la pratique peut nous aider à passer d’un mode d’exploitation ( extraction, destruction des sols, affamage) à un mode de régénération ( nourrir la terre, nourrir les hommes, les insectes , le sauvage) .

Et demain ?

Dans le monde entier se réveille un activisme spirituel qui insiste sur le fait d’entendre la terre chanter et pleurer en nous , sans juger et de simplement suivre l’action générée par le ressenti de cette écoute . Notre pratique de shikan taza merveilleusement exprimée par Bernie Glassman avec les 3 piliers : not knowing/ bearing witness of jo and suffering / acting from the bearing witness sinscrit naturellement dans ce courant , mais plus encore :

La pratique de tenzo permet par la nourriture d’offrir cette écoute plus facilement et active cet élan de régénération des 3 joyaux.

Parce que la pratique du tenzo est transversale à la communauté elle permet de nourrir le lien et de contribuer à l’apparition de l’intuition collective qui émerge du silence de zazen. Elle cadre et inspire l’action juste et à mon sens doit se partager le plus possible dans la sécularité des communautés transitionnelles à vocation régénératives.

Et pour terminer j’aimerais vous lire un texte de mon mâitre Pierre Taigu Turlur sur le tenzo que j’ai mis en post face de mon livre parce qu’il dit tout de la beauté et de la profondeur de cette pratique .

Merci de m’avoir écoutée et merci aux patriarches, aux matriarches et à mon maître de m’avoir soutenue dans ce partage .


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